Nullement question ici du message sur un réseau social mais sans doute, d’une de ses conséquences.
Puisque notre calendrier ne se divise plus qu’en ère alphanumérique, 3.0 l’ère du contenu, 4.0 de l’IA, 5.0 de l’homo numericus.

Pour les puristes, l’ère du robotcène en écho à celles du miocène, pléistocène etc.
Pour ma part, je nommerai les temps qui nous occupent l’ère du post (ou du postcène, c’est selon).
Il y avait indubitablement un ‘avant’, pas vraiment identifié, puisque nous sommes irrémédiablement dans l’après, donc dans l’âge postérieur …du post.
D’un signal faible il y a peu encore, la tendance s’alourdit sacrément et des concepts pas si nouveaux pourtant, deviennent les ‘trending topics’ quel que soit le media.

Post vérité*, post éthique, post humain, post PC les nouveaux marqueurs du post-post-modernisme évoquent une frontière, une autre réalité existant au delà de celle que nous vivons.

Elon Musk (Tesla, Space X, PayPal) et d’autres vrais et très sérieux scientifiques pensent en effet que nous végétons dans une réalité virtuelle. Matrix relèverait alors plus du reality show de la pure fiction. Deux milliardaires de la Silicon Valley avaient même missionné des scientifiques pour briser cette simulation. Qui sait, cette supra-intelligence créait-elle des contre-rumeurs pour contrer la rumeur.

Sans hacker pour autant la matrice, nait aujourd’hui une quête de ‘véritude’, un appétit pour le ‘vérifié’, une chasse au certifié conforme alors qu’autrefois rappelons-nous, cette mention gravait l’information dans le marbre de l’indiscutable.

L’ère du post | Gotonumerique

On parle de fast-checking pour contrer les ‘Fake news’ (seuls les anglicismes sont aptes définir des concepts, c’est bien connu :) et chacun y va de sa parade.
Facebook engage une lutte acharnée contre le linkbait (appât au clic avec des titres racoleurs) et invite la communauté à signaler les ‘écarts’ (sur la base de quoi ?).
Le journal le Monde inaugure le decodex pour démêler le faux du vrai .Tim Cook (Apple) déclare « Les fausses informations détruisent le cerveau des gens », si c’est lui qui le dit, alors… Pour juguler la fausse info, le dispositif First Draft News est rejoint par France Télévisions, Radio France, Le Monde, des quotidiens régionaux et l’AFP. Google met en oeuvre Crosschek un outil de vérification éditoriale collaborative.

Le spectre électoral et le possible détournement du verdict des urnes remet en question la démocratie même. L’enjeu est de taille.

Le CSA aura tôt fait de calculer à la seconde prés le temps d’antenne des candidats, la ‘vérité est (désormais) ailleurs’.

Outre l’impact politique, tout éditeur s’efforce aujourd’hui de surnager dans l’infobésité produite par un néo-journalisme proche du stakhanovisme. La lutte d’audience est vitale et ininterrompue : ne pas louper le scoop de la dernière heure, voire du quart d’heure

On vérifie (ou pas) après. On rectifie rarement.

L’info-canular n’est pas nouvelle, mais d’anecdotique elle devient chronique

Les plus grands titres s’y laissent prendre, et par effet de souffle, entraine les autres supports. On se souviendra avec malice de l’affaire ‘Toyota Clitoris’ piégeant les médias italiens.
Plus récemment, une ‘fausse’ info issue du même Gorafi (site parodique pourtant identifié comme tel) reprise par un media algérien portant sur la construction d’un mur financé par l’Algérie en France.

Et les médias de déposer ensuite des ‘post-excuses’ : la Fox, le journal Bild,

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Le sinistre ministre de la propagande Goebbels disait :

« plus un mensonge est gros, plus il passe, Plus souvent il est répété, plus le peuple le croit …« 

L’effet pervers de ce phénomène veut que plus l’information est ‘énorme’ (dans le sens choquante, saignante, disruptive, attentatoire …)  plus il serait difficile de la remettre en question tant cela demanderait d’effort de démonter son énormité. Pas de temps pour vérifier avant, encore moins après pour démentir.

Le président Trump en donne un exemple quotidien, avec le concept du ‘fait alternatif’. L’un chassant allègrement l’autre dans un flot d’inepties ahurissant et totalement surréaliste. Des ‘alternatives’ surement issues d’un autre niveau de jeu de la matrice auquel nous, simples mortels du corps social n’avons pas accès

La censure se déplace ainsi du caractère confidentiel (utopique) et politiquement correct de l’information à celui devenu paradoxalement essentiel : son exactitude.

Bref, dans cette nouvelle ère du Post, Les brigades hoax buster** sont en ordre de marche, les consciences s’éveillent douloureusement sur cette autre face obscure révélée par l’ère numérique.

La viralisation rend informé, riche, célèbre, idiot (assez souvent), mais comme tout virus, produit des effets toxiques à une échelle dont nous percevons à peine les conséquences et les effets secondaires.

NB : ce billet n’est pas un « fake ».

Cécile Delbousquet (100% humaine)


*Le dictionnaire britannique Oxford déclare ainsi ’post thruth’ mot de l’année.)
** hoax = rumeur